samedi 27 septembre 2008

Les Pierres Orphelines de Didier Dagueneau

Comme un silex se fracassant contre la pierre, comme une astéroïde se désintégrant après avoir percuté la terre, tel un pur sang succombant après une course effrénée, Didier Dagueneau s’en est allé. En ces jours de septembre, la terre est désormais orpheline, orpheline d’un de ses plus fidèles serviteurs, et soudain, c’est comme si le Graal idéal venait de perdre l’une de ses plus brillantes particules, une particule minéral, vive et tendue, tranchante comme le silex, indomptable comme le Pur Sang, et puissante comme l’explosion d’une astéroïde. Didier Dagueneau nous a quitté, et maintenant, il faudra désormais cultiver un devoir de mémoire, pour se rappeler ce que cet homme à apporter à la Quête du Graal : du génie, de la folie et de la classe, mais surtout, une pureté immaculée aussi claire et translucide que l’eau de roche se glissant à travers la pierre pour la caresser et lui donner des reflets chatoyants et complexes, dont seule la nature connaît les plus lumineux secrets. Trempant désormais sa longue tignasse et sa barbe broussailleuse dans les eaux tièdes des fontaines d’argiles du jardin d’Eden, Didier, le pirate de la vigne, le flibustier du Sauvignon sait à quel point il est bon de goûter à la minéralité des eaux pures et cristallines, dont il avait déjà réussi à entrevoir la magnificence au cours de sa courte vie d’homme. À présent, il sait, car il l’a vu, que le panthéon de la vigne regorge de secrets. Il goûte dors et déjà au Graal idéal, et ne peut s’empêcher de penser à ses pierres laissées orphelines sur ses Terres. Jamais plus le Pur Sang ne renversera les silex du buisson Renard dans sa course, jamais plus l’astéroïde n’illuminera le ciel noir étoilé de Pouilly, mais une chose demeure, la mémoire sensorielle des amateurs, maille élémentaire, nécessaire à la définition du Graal idéal. De cette mémoire, on saura extraire à l’avenir, ces saveurs ressenties un jour, au coin d’une table, lors d’une dégustation de vin mettant en scène le génie de Pouilly. On se dira alors que s’il y avait un seul blanc à retenir dans l’écrin abritant toutes les plus illustres cuvées terriennes servant à définir la nature du Graal idéal, ce serait bien un Silex ou un Pur Sang.

Monsieur Dagueneau, je ne vous ai jamais rencontré, et dieu sait que je le regrette, mais au moins, j’ai eu la chance de goûter à vos cuvées. Et ça, c’est déjà énorme.

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